Parcourir 15 pays en une journée fait partie des défis les plus complexes en géocaching, aussi bien sur le plan logistique que sur le terrain. Tout récemment, une équipe polonaise s’est attaquée à ce défi de taille. Je vous propose une interview avec kranfagel et marcin3243 pour nous raconter comment cette aventure s’est déroulée et comment ils l’ont préparée ! [English version]
I) L’équipe
Bonjour, et un immense bravo pour cette incroyable aventure ! Pourriez-vous vous présenter ainsi que l’équipe qui a participé à ce challenge un peu fou ?
K : Je suis kranfagel, je m’appelle Wojtek.
M : Je suis marcin3243 — c’est aussi mon vrai prénom.
K : Notre équipe imbattable pour le défi des 15 pays incluait aussi Dominisia_krk, daksya (Piotr et Agnieszka), m2mPL, Fishu, piechurek7 et kara-kum.

II) La genèse
C’est un défi que beaucoup d’entre nous ont en tête… Mais entre l’avoir en tête et passer à l’action, il y a une sacrée différence. Pouvez-vous nous raconter comment est née l’idée de ce projet ? J’ai cru comprendre que c’est un projet de longue date.
K : Souvent, tout commence par Marcin qui lance une idée en plaisantant — et ensuite, j’essaie de la réaliser.
M : Haha, oui, c’est vrai ! Même si je ne me souviens plus si cette idée-là a démarré comme ça. Nous avions prévu de tenter cet accomplissement en 2024, mais un mois avant le départ, deux gros obstacles sont apparus. D’abord, plusieurs pays ont réintroduit des contrôles aux frontières en septembre. Ensuite, un tunnel clé en Autriche a été fermé pour rénovation, ce qui allongeait beaucoup notre itinéraire.
K : Ah oui, et c’était en fait la première fermeture de ce tunnel depuis son ouverture il y a 42 ans ! Nous avons donc dû annuler l’an dernier. Ce qui est drôle c’est que nous n’avons pas utilisé ce tunnel cette année non plus.

III) Préparation
Un tel projet implique forcément une énorme préparation en amont. Comment prépare-t-on quelque chose comme ça ? À quoi faut-il faire attention ? Quelles ont été les difficultés ?
K : On commence par un plan grossier et on vérifie si c’est seulement faisable. Je me souviens avoir tracé les 15 pays sur Google Maps : le temps de conduite affiché était de 22 heures 30.
M : Et on s’est regardés en se disant : « Oui, on peut totalement le faire. »
K : Haha, oui — c’est exactement comme ça que l’on travaille à deux. Et cette dynamique d’équipe est l’un des points les plus importants. Il faut des gens sur qui compter et en qui avoir confiance. On ne peut tout simplement pas accomplir un truc pareil tout seul.
Par le passé, d’autres équipes ont tenté l’aventure — avez-vous pu profiter de leur expérience ?
M : Absolument ! Nous avons contacté des membres de la première équipe polonaise qui l’a réussi en 2018 — Teodor et CopernicusHigh. Ils nous ont partagé leur parcours, qui a servi de point de départ pour concevoir le nôtre.
K : Nous avons aussi gardé un œil sur les events aux frontières polonaises ou néerlandaises, parce que beaucoup d’équipes annoncent leurs tentatives des 15 pays via un Event de départ — comme nous l’avons également fait. Nous les contactons d’ailleurs souvent pour parler de leurs plans et retours d’expérience.
M : Et un mois avant notre voyage, une équipe allemande a tenté le défi mais n’a pas réussi — elle a atteint 14 pays en arrivant en Belgique. Ça nous a rappelé que ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air, mais on a vraiment admiré le fait qu’ils respectent les règles et ne prennent pas de raccourcis.
J’imagine que, dans ce genre de cas, on prévoit des plans B… C ? D ??? Y avait-il des critères particuliers pour la sélection des géocaches ?
M : Une règle principale, en fait — la cache devait ressembler à un park-and-grab facile, avec un parking juste à côté du GZ. C’était notre cible idéale.
K : Certaines caches étaient tellement évidentes qu’on a pu les repérer sur Street View pendant la planification ! On a donc surtout choisi des caches sur des aires d’autoroute ou juste à proximité des sorties d’autoroute. On tablait sur un maximum de cinq minutes de recherche, mais en réalité, la plupart des trouvailles prenaient moins de deux minutes.
M : On a aussi sélectionné une cache de secours pour presque chaque pays. En fait, la seule exception, c’était la France — il y a très peu de caches sur les aires d’autoroute, au moins le long de la route entre le Luxembourg et la Suisse. Nos caches de secours se trouvaient aussi dans des régions différentes, pour viser un objectif secondaire : trouver des caches dans un maximum de régions le même jour.

L’organisation est certainement la clé du succès pour un tel projet. Y a-t-il des outils qui vous ont aidés à préparer l’itinéraire ou à suivre votre progression sur le terrain ?
M : Project-GC nous a beaucoup aidés, surtout pour choisir les caches de chaque pays et région. Et bien sûr, Google Maps était essentiel pour estimer les temps de trajet entre les points.
K : Et puis il y avait le tableur. Nous avons créé une feuille détaillée avec toutes les caches, les liens de carte, les temps de conduite estimés entre elles, et l’heure d’arrivée prévue à chaque arrêt. On avait aussi une colonne mise à jour en direct pendant le trajet — elle calculait en continu si nous étions dans les temps ou non.
M : Oui ! Et Wojtek l’a même colorée — rouge quand on était en retard, vert quand on était à l’heure. On a commencé le voyage en rouge… un peu démoralisant !

Finalement, quel parcours et quels objectifs avez-vous retenus ?
K : Notre liste comprenait 34 caches, couvrant les 34 régions que nous avions prévu de traverser. D’après les distances et estimations de temps, on s’est rendu compte qu’il nous faudrait environ deux heures supplémentaires pour tout faire.
M : C’est pourquoi, au début, on se battait vraiment contre la montre et on s’arrêtait pour une seule cache par pays. En zappant quelques caches, on a rattrapé le temps, et on a continué d’ajuster jusqu’à ce que le tableur repasse au vert.
K : Jusqu’à ce qu’il redevienne vert — exactement ! Ça a parfaitement fonctionné et ça nous a gardés motivés et carrés.

IV) Le périple
Enfin le jour J ! Enfin… J-1 ! Puisque vous aviez prévu un lancement un peu spécial — vous nous racontez ?
K : Beaucoup d’équipes annoncent leur tentative via un event — c’est d’ailleurs comme ça qu’on a pris contact avec quelques autres. On a donc décidé d’en organiser un juste avant notre départ.
M : Et il y a un défi à Cracovie pour participer à des events dans 15 pays différents, donc celui-ci comptait comme une étape de plus !
K : Malheureusement, personne d’autre n’est venu, mais on a mis ce temps à profit — on a rangé tout le matériel, déplacé l’essentiel du coffre à l’habitacle, revérifié les derniers réglages du trajet, et enregistré notre premier audio pour le podcast. [NDRL : The PodCacher Podcast, un podcast américain. L’équipe va y enregistrer de petites capsules audio des différentes étapes du voyage.]
Une fois lancés, comment s’est passée votre organisation ? Chacun avait-il un rôle défini, ou pas vraiment ?
K : Certaines personnes avaient des rôles clairs — et même des rôles de secours au cas où quelqu’un aurait besoin de dormir. Nous avions trois conducteurs dont la mission était de conduire en sécurité et de se reposer lorsqu’ils n’étaient pas au volant. Il y avait aussi un navigateur qui sélectionnait le prochain point et annonçait la distance restante, pour que le conducteur décide de changer ou continuer. Et nous avions un “tableur & risk manager” qui surveillait la progression pour savoir combien de temps on pouvait se permettre de perdre.
M : Et bien sûr, nous avions nos chercheurs de caches — les chasseurs qui sautaient les premiers à chaque stop pour trouver le conteneur le plus vite possible ! Chacun dans l’équipe a tenu ce rôle au moins une fois.
Comment avez-vous choisi votre véhicule ?
M : Il nous fallait un van 9 places, et vu nos plans, c’était important qu’il n’y ait pas de limite de kilométrage et que l’assurance couvre tous les pays visités.
K : Et on a trouvé ! Une société en Pologne — CarNet — offrait exactement ça. C’était assez drôle quand j’ai dû énumérer tous les pays sur le contrat. Le gars au comptoir a regardé notre liste et la location de trois jours, et a rigolé en disant que si quelque chose de nouveau s’ajoutait, on n’avait qu’à appeler la hotline.

Y a-t-il eu des incidents ou des anecdotes pendant le trajet — et avez-vous eu des moments où vous avez craint de ne pas arriver à temps ?
M : Dès le départ, j’essayais sans cesse de réduire le plan à seulement 15 pays, mais Wojtek ne me laissait pas faire.
K : Exactement. En plus, une équipe allemande avait tenté le défi un mois avant nous et n’avait atteint que 14 pays, arrivant aux Pays-Bas après minuit. Ça rendait Marcin encore plus anxieux.
M : Mais les choses se sont améliorées une fois sur la route. On est tombés presque immédiatement sur une autoroute fermée au Luxembourg, mais grâce à notre planification, on a perdu quasiment aucun temps en prenant une déviation.
K : Et quand le tableur est passé au vert au Liechtenstein, on a su qu’on était dans les clous — sauf accident.
M : Heureusement, nous n’avons rencontré aucun problème. On a eu beaucoup de chance sur un trajet aussi long.
Vous avez quelques chiffres pour qu’on se rende compte de l’ampleur de l’aventure ?
K : Bien sûr !
M : Oui, nous sommes les chiffres !
K : Nous avons parcouru 4 000 km sur le week-end, dont 2 137 km pour la seule route des 15 pays. Nous avons consommé plus de 300 litres de carburant et dormi 7 heures en tout — une nuit dans un lit près de Francfort.
M : Le jour J, nous avons trouvé 25 géocaches réparties dans 25 régions de 15 pays.
K : Nous avons aussi eu deux contrôles de police — un avant le défi et un juste après.
M : Et Magda a réussi ses 10 000 pas.
Quels pas ?
K : Haha, m2mPL suit ses pas quotidiens et devait en faire au moins 10 000 ce jour-là. Pas facile quand on passe 22 heures en voiture ! Mais elle y est arrivée en tournant autour du bus dès qu’elle le pouvait.

Quels ont été vos moments préférés ou les plus mémorables pendant ce périple ?
K : Mon moment préféré, c’est clairement l’arrivée. Piotrek (daksya) avait préparé un champagne sans alcool pour l’occasion ! C’était un mélange de grande satisfaction et de soulagement d’un coup.
M : Mon moment favori était près de Bratislava, quand Wojtek et moi avons su qu’on y arriverait ; on s’est détendus et on a commencé à courir vers les géocaches.
Je crois que vous avez bénéficié d’un petit coup de pouce du calendrier… vous a-t-il été utile, ou auriez-vous pu faire sans ?
K : Je n’accepte pas l’échec. La date n’a pas été choisie au hasard — c’était le dernier dimanche d’octobre, jour du changement d’heure. La plupart des pays européens reculent l’horloge d’une heure cette nuit-là, ce qui fait que la journée dure 25 heures.
M : On a considéré ça comme un filet de sécurité, mais au final, on a terminé en 23 h 36 — donc techniquement, on aurait pu le faire sur une journée normale aussi.
K : En bonus, on a profité d’une pause café imprévue pendant le trajet et on a trouvé une cache dans une région polonaise de plus. Sans l’heure supplémentaire, on ne l’aurait sans doute pas fait.
Y a-t-il eu un moment où vous vous êtes dit : « C’est bon, on y est » ?
M : Notre tableur nous a indiqué qu’on était dans les temps après la cache du Liechtenstein.
K : Bien plus tôt que je ne le pensais !
M : Ensuite, on a pris un tronçon d’autoroute allemande où l’on pouvait rouler plus vite qu’ailleurs. Là, on s’est vraiment dit qu’on y arriverait — et il devait être 8 h du matin à peine !
K : Mais quand on a essayé d’accélérer après la frontière allemande, la voiture nous a avertis qu’on n’atteindrait pas la station-service ; on a donc ralenti pour être sûrs d’y arriver 😀
J’imagine que quand on entreprend ce genre de projet, on en profite aussi pour remplir d’autres objectifs ou découvrir des lieux. Avez-vous pu profiter un peu de votre trajet aller ?
M : Absolument. Sur le chemin vers le départ des 15 pays, nous avons trouvé des géocaches intéressantes, favoris ou rares le long de la route. Il nous a fallu deux jours pour arriver parce que nous nous sommes arrêtés pour toutes les choses spéciales prévues.
K : Nous avons visité deux webcams, la plus ancienne géocache d’Allemagne, et même une géocache façon escape room. Nous avons cumulé plus de 100 000 FP sur les géocaches !
M : Et nous avons même monté à cheval pour atteindre un logbook — c’était incroyable !
Je pense que si l’on n’est pas géocacheur — voire pas un géocacheur un peu “extrême” — on a du mal à comprendre ce type d’expédition. Quand vous racontez ça à vos collègues ou à votre famille, quelles réactions avez-vous ?
K : J’adore quand on me demande : « Oh, donc tu as été dans tous ces pays ! Qu’est-ce que tu as vu en Italie ? » C’est à la fois bizarre et drôle d’expliquer que tout ce qu’on a vu, c’est un arrêt de bus, et que ce qui nous intéressait vraiment, c’était ce qu’il y avait sous le banc.
M : Oui, la plupart des gens ne comprennent pas — nos objectifs sont différents. C’était ma première fois en Italie et en Croatie, et je n’ai même pas vu la Méditerranée !
K : J’ai aussi organisé un event après, et un géocacheur australien est venu. Quand il a entendu ce qu’on avait fait, il a ri en disant qu’il pouvait conduire pendant trois jours et être toujours en Australie — alors que nous, on a fait 15 pays en un jour. Totalement impossible pour lui !

V) Conseils et projets
Ce genre d’aventure donne forcément des idées à d’autres géocacheurs ; avez-vous des conseils pour ceux qui voudraient suivre vos traces ? Et si vous deviez refaire ce trajet, y a-t-il des choses que vous changeriez ?
K : Oh, foncez — pour cette idée-là ou pour toute autre. Ne les laissez pas prendre la poussière dans un tiroir.
M : Nous ne changerions rien. C’était parfait. Si nos ressources ou nos plans peuvent vous aider, servez-vous — ou mieux, faites-en votre propre aventure.
Pour ceux qui voudraient se lancer, avez-vous une idée du coût d’un tel road trip ?
K : Le coût total — location du van, carburant, vignettes routières et une nuit d’hébergement — était d’environ 180 € par personne.
Avez-vous d’autres projets un peu fous en tête ?
K : Bien sûr !
M : Même beaucoup, en fait 😀
Un immense merci d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions ! Voulez-vous partager un dernier mot avec les géocacheurs français ?
K : J’ai visité la France l’année dernière et je suis tombé amoureux de Dinan et Saint-Malo. Vous avez un pays magnifique — sortez et allez l’explorer !
M : Et posez plus de géocaches sur les aires d’autoroute 😀

Un immense merci à Wojtek et Marcin d’avoir répondu à toutes ces questions avec autant de gentillesse ! Et bravo encore à toute l’équipe de géocacheurs ! Je leur souhaite à tous pleine réussite pour leurs prochaines aventures.
Pour vous immerger encore plus dans leur défi fou, je vous conseille d’aller écouter le podcast PodCacher épisode 923 : « Geocaching 15 Countries in a Day ». Vous entendrez de petites capsules audio, enregistrées sur le moment, des différentes étapes clés du voyage.
Vous retrouverez d’autres détails dans l’article de leur périple sur Geocaching.pl.
Si vous voulez connaitre le parcours exact et la liste des géocaches, vous trouverez le tracé ici et la liste des géocaches avec les horaires ici.
Et vous ? Quelle sera votre prochaine aventure ?